germaine appell-duclaux in memoriam 8

In memoriam 8

LA PAIX DESCEND

A   Bonne  Maman

La paix descend des forêts avec le soir ; gris sont les prés nus sous la neige ; pas un bruit, pas de vent ; les branches noires raient le silence, et les corbeaux tracent vers le ciel pâle des appels sans retour.

Aux portes closes, aux fenêtres d’absence, aux couloirs sans issue

Seule la faille du temps nous sépare des morts

 

Rien ne t’arrachera de mon cœur, as-tu dit, rien, surtout pas la mort. Ton ombre est là, au détour de la chambre, au coin de l’escalier tu vas surgir. Ton sourire, ton corps fragile et ton cœur indomptable, ta voix, ton amour.

La maison est ici, tassée sous la colline, ta maison et la mienne ; les sapins sont tombés qui la cachaient dans l’ombre ; de la terrasse ouverte monte l’appel des morts.

Là, tu es là ; ton âme hante les ombres ; au repli de la terre, sous les étoiles nues qui transpercent la nuit.

 

Ta voix, ta voix de courage m’appelle dans la nuit. La terre permanente d’où surgiront les fleurs, le jaillissement des fontaines, la ligne immuable des monts sur le ciel infini ; nous aussi serons là quand nos corps seront cendres

Et nos enfants riront où nous avons aimé

 

Rien n’est jamais perdu, tout commence ; dans le vent, sur les cimes, la mort est permanence ; aux eaux froides des sources les œillets fleuriront.

 

Tu dressais les épaules, ton geste de courage : tout guérit, tout se lasse. L’amour seul est présence et ton geste nocturne affronte un avenir où plus rien n’est écrit.

Tu redressais la tête, ton geste d’énergie : tout cesse, tout perdure. L’amour seul vainc la mort et l’obscurité se déchire sur le chemin qui monte, ouvrant un avenir où nous ne serons plus,

où ta voix et la mienne chanteront dans les sources et riront dans le vent ,

pour ceux que nous aimons, qui nous auront perdus,

et nous retrouveront au détour des collines, dans les sentiers de nuit que nous aurons suivis .

 

Autant qu’il l’a fallu, sous la huée des foules, toi et moi avons fait  assaut des citadelles, usé nos pieds aux pierres des écarts et déchiré nos membres aux griffes des ronciers.

Les murs s’écrouleraient de la cité vulgaire

Debout sur les décombres nous faisions refleurir la vie que nous aimons

 

Tu as rejeté les faibles ; tu as usé les seuils de tes pas victorieux ; ils vibrent de ton passage et lorsque je les foule, ton courage est en moi.

Tu as rejeté les lâches ; tu as élevé les enfants pour devenir des hommes ; tu as conservé l’héritage et quand j’ouvre les portes je vois inscrit ton nom.

 

Ton esprit est en moi, et ton cœur indomptable. Je rejetterai les faibles et les lâches et je reconstruirai l’âme de la maison. J’étaierai les vieux murs, je planterai des arbres, les enfants qui naîtront joueront dans le jardin et leurs rires réjouiront les morts.

 

A travers nous passe la chaîne d’immanence

Je maintiendrai ton nom, je maintiendrai ton âme

J’éveillerai les morts de la terre endormie

Les portes, les fenêtres ouvriront sur l’espace

Là où le souvenir est permanence et vie

Je maintiendrai

 

Olmet, Pâques 1984

 

 

 

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